Seigneurie du Triton

Roosevelt au Triton, membre honorifique

L’un des personnages les plus célèbres à visiter nos forêts nordiques fut sans nul doute l’ex-président américain Theodore Roosevelt. D’abord vice-président en 1900 il succéda au président d’allégeance républicaine William McKinley l’année suivante, après que ce dernier fut assassiné en cours de mandat. Roosevelt fut réélu président en 1904, avec la plus grande majorité populaire qu’un président n’eût jamais reçue. C’est notamment sous la présidence de M. Roosevelt que la république de Panama passa sous contrôle américain, en 1903. En 1906, le chef d’état reçut le Prix Nobel de la Paix. Son mandat prit fin en 1909; William Taft, le secrétaire de Roosevelt, fut alors porté au pouvoir pour le parti républicain.

Si Theodore Roosevelt, fut un homme politique important dans l’histoire des États-unis, il fut aussi un grand chasseur devant l’éternel. Fervent de safaris, il affronta à maintes reprises les géants et les rois de la faune africaine. Ce fut pourtant un orignal de nos forêts qui lui donna la frousse de sa vie.

En 1915, l’ex-président vint pour une expédition de chasse sur le territoire du Club Tourilli. Il prit le train jusqu’à Saint-Raymond, puis monta à dos de cheval jusqu’à Grosse Lodge. De là, il fit une randonnée de neuf milles jusqu’à Cache Canada où il passa la nuit. Le lendemain, il se rendit au camp du Dr Lambert, où il était l’invité du président du Club, le Dr Alexander Lambert. Roosevelt  était, malgré le fait qu’il était déjà chef d’état, un homme d’une grande simplicité. Il mangeait à la même table que ses guides et conversait volontiers avec eux. Selon plusieurs dires, Roosevelt  regrettait un peu alors, de n’être plus président. La guerre faisait rage en Europe, mais les États-Unis dont le président était Woodrow Wilson depuis 1912, n’avaient pas encore décidé d’y participer. S’il en avait dépendu de lui, l’ex-président eût déjà formé et envoyé un régiment en France pour combattre les troupes allemandes. Il était impressionnant  de l’entendre tenir de tels propos, assis sur une boîte de bois, dans un camp des profondeurs de la forêt québécoise en compagnie de ses guides.

Le 19 septembre au matin, M.Roosevelt accompagné des guides Arthur Lirette et Odilon Genest prit la direction du lac Croche, à la recherche d’un orignal. Roosevelt était un homme corpulent, mais d’une grande énergie physique, qui suivait sans trop de difficultés les pas de ses guides. Arrivé au lac, il abattit un orignal. Pour lui, il s’agissait d’un exploit somme toute, banal, car on le considérait comme un habile nemrod, qui ne ratait jamais  la cible. Il chassait avec minutie, remettant souvent ses lunettes au guide Arthur pour que ce dernier y essuie la buée. Avant, que le coup ne partît, le guide avait procédé trois fois à ce petit exercice.

Vers les trois heures de l’après-midi, nos chasseurs s’en retournaient au camp, avec le fruit de leur chasse. Alors que leur canot s’apprêtait à toucher la rive, à l’extrémité ouest du lac, ils aperçurent un superbe orignal, à un demi-mille du lieu prévu pour l’accostage. Comme le permis de chasse ne permettait que la capture d’un seul animal, on devait se contenter d’admirer celui-ci. Ce roi laurentien, cependant, ne l’entendit pas ainsi.

Les canots s’approchèrent de la rive à coup d’aviron mesurés, jusqu’à trois cents pieds de l’endroit où était l’animal. On croyait bien qu’il disparaîtrait dans la forêt à l’approche du canot, mais il n’en fut rien. Le cervidé gardait l’oeil fixé sur les chasseurs, tout en marchant droit vers le point visé par les rameurs pour accoster. L’animal hérissait le poil de ses épaules et se mit à suivre le canot, de ses pas et de son regard alarmé. On tira un coup de fusil, mais l’animal ne réagit d’aucune façon à cet avertissement. Les rameurs changèrent plusieurs fois de cap mais l’orignal, comprenant leur stratagème, revint sans cesse sur ses pas,  à chaque fois que le canot changeait de direction. Le canot était maintenant à cent cinquante pieds de la rive, et le cervidé paraissait plus furieux que jamais. On sentait une colère peu commune  gronder en lui, l’odeur et la vue d’un de ses semblables gisant dans le canot y étant probablement pour quelque chose. Il frappa brusquement de son panache un jeune arbre, le dépouillant en partie de ses feuilles. Puis, il laboura le sol de ses sabots, marcha vers le rivage et s’avança dans les eaux du lac. Vis-à vis le sentier, l’animal sortit de l’eau, et disparut, laissant croire qu’il était finalement parti.

Dès qu’ils tentèrent de débarquer, le chasseur et ses guides durent se rendre compte que l’orignal était toujours là, menaçant. Le canot regagna le large, et tourna en rond, s’évertuant à faire perdre patience à l’animal, qui ne s’éloignait toujours pas. L’orignal réagit à un deuxième coup de feu en secouant son panache, piétinant le sol, bondissant et renâclant. Ce petit jeu dura une heure. Le géant courroucé remonta finalement le petit ruisseau qui aboutissait près du sentier, et disparut dans le bois. Les occupants du canot purent mettre pied à terre. Ils marchèrent une dizaine de minutes dans le sentier, jusqu’à un endroit ou le ruisseau rejoignait le sentier. L’animal obstiné les y attendait!

À leur vue, il se précipita vers eux. Arthur Lirette cria à M. Roosevelt de tirer, sans quoi l’animal les attaquerait. L’illustre chasseur tira un coup de feu juste au-dessus de la tête de l’animal, dans un ultime effort pour l’effrayer, mais cette tentative fut encore une fois vaine. «Tirez, monsieur, tirez vite!», cria Arthur Lirette. L’ex-président visa alors l’orignal en pleine poitrine, mais l’animal qui n’était plus qu’à 25 pieds des chasseurs, continua de grogner férocement et de les charger, les oreilles couchées en arrière. Une nouvelle décharge au coeur stoppa l’orignal, qui quand même parvint à traverser le ruisseau et à marcher quelques pas chancelants vers eux. Roosevelt lui porta le coup de grâce, alors que le mammifère n’était plus qu’à 17 pieds de lui et de ses compagnons.

On se rappelle à Saint-Raymond, qu’avant de reprendre la route vers les États-Unis. M. Roosevelt s’arrêta au village, comme il l’avait fait en montant au Club tourilli. Il restait dans ses bagages un surplus de denrées prévues pour l’expédition. M.Roosevelt était friand de chocolat, et comme il en avait abondamment, il distribua ces friandises aux enfants du village .

Theodore Roosevelt consigna par la suite par écrit ce récit et l’assermenta. Cette déclaration l’exonéra d’avoir enfreint la loi. Il n’avait eu, en réalité, aucun autre choix , et on peut facilement supposer de l’issue de la confrontation, si l’ex-président des États-unis n’avait pas été un tireur aussi éprouvé. Quant aux guides  Arthur Lirette et Odilon Genest, tous deux de Saint-Raymond, ils n’ont jamais oublié leur partie de chasse avec Theodore Roosevelt, qui nous a, par ailleurs, laissé notre cher  «Teddy l’Ourson» ( Teddy Bear ).


Theodore Roosevelt avec son guide Arthur Lirette.

Source : Le club Triton
Auteurs : Sylvain Gingras.
Sonia Lirette.
Claude Gilbert.
Page : 273


Roosevelt membre du club en 1908

« Breathing the purest of air, with the blood tingling under the stimulus of sports, » Quebec’s Triton Club members, who in 1908 included Theodore Roosevelt, felt they were « laying a reserve force of vitality that will not only lengthen [their] days but will enable [them] to present a steady front to the duties of life to which [they] have to return. »

Source : States of Nature: Conserving Canada’s Wildlife in the Twentieth Century
Auteurs : Tina Loo.
Page : 33

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